Conclusion

Cher Journal, les jours, les mois et les années ont passé depuis la fin de mon traitement, emportant avec eux la douleur et les souvenirs sombres. Aujourd’hui je vais mieux, je suis au top, on me confond avec Beyoncé dans la rue tellement j’ai d’assurance dans ma démarche. Alors, c’est vrai, parfois ma hanche se bloque comme à la grande époque me paralysant quelques instants et, si je tire un peu trop sur la corde, la fatigue se transforme en Fatigue et mon cerveau se met à clignoter un peu. Mais ça ne dure jamais longtemps.

J’ai acquis un savoir que l’on enseignerait uniquement dans un cabanon perché en haut de l’Himalaya si l’on était dans un film : je peux reconnaître les moindres signaux de mon corps quand la bactérie revient me faire un petit coucou. Je sais maintenant comment réagir : sommeil et vitamines. Grâce à ce combo qui n’a rien de magique, j’arrive à me rééquilibrer vite et suis maintenant certaine de ne jamais retomber aussi bas.

Cher Journal, j’ai de la chance. Si Lyme c’est Donaldville : je suis Gontran Bonheur. J’ai traversé le désert et décidé de t’écrire pour donner de l’espoir à tous ceux qui sont dedans, qui sont perdus, qui n’en voient plus la fin.

À toi qui a compris mes symptômes, qui les a ressentis, vécus, haïs, quelle que soit ta pathologie, quel que soit le mal qui te ronge : je te souhaite la force d’un lion enragé pour le supporter.

À tous les soignants qui ont lu Cher Journal : merci de vous intéresser à un simple témoignage sur une maladie tellement complexe. Merci à tous ceux qui écoutent et qui cherchent à aider sans mettre tout le monde dans le même panier. Vous êtes les seuls vers qui on se tourne en tombant : entendez la détresse, attrapez nos mains. On veut être Rose Dawson sauvée par Jack quand elle passe par-dessus bord… pas le mec qui se prend l’hélice quelques scènes après. Marre de se prendre des hélices dans la tronche.

À tous ceux qui me connaissent et qui savent que, même si je parle ( trop ) souvent en métaphores approximatives et que ma vie est un cadavre exquis de répliques de films : je ne raconte pas n’importe quoi. Tout ça m’est arrivé. Même 3 ans après, j’ai encore besoin de me le dire, de me rassurer en me disant que je n’ai pas tout inventé, que ce n’est pas une maladie imaginaire comme on me l’a dit parfois. Tout ça m’est arrivé. Tout ça arrive à d’autres.
La communauté scientifique est complètement divisée sur cette maladie comme l’explique cet article de Science&Vie. Certes, je n’y connais rien, je ne suis pas scientifique, je mets 15 minutes à effectuer le moindre calcul et jouer au Yam’s me demande la concentration d’un joueur d’échecs… mais je peux vaguement entendre, de loin, les problématiques et les argumentaires. Le constat est que personne n’est d’accord. Pire : personne ne veut se mettre d’accord. Chacun reste campé dans son coin, les bras croisés avec la ferme intention de ne jamais faire un pas vers l’autre qui a tort de A à Z, preuves et études à l’appui. Sauf qu’au milieu, il y a nous, ceux qui se prennent des hélices tous les jours dans la gueule, en attendant que quelque chose bouge quelque part.
Dans tous ces débats stériles et sans fin, s’il y a bien une chose qui m’est insupportable, c’est quand on qualifie Lyme de maladie imaginaire, c’est-à-dire, d’après le Larousse « Qui n’est tel que dans sa propre imagination ». Alors PARDON, mais dans mon imagination il y a ma rencontre avec Brad Pitt, une journée de tournage avec Alain Chabat et ce qui est passé par la tête de l’homme qui a inventé les feux d’artifices : voulait-il impressionner une petite pépée en faisant exploser des trucs ? Bref, dans mon imaginaire il n’y a pas du tout « se prendre une porte dans le pif parce qu’on a oublié de décaler son corps en l’ouvrant ». Mais certains se placent au dessus, certains savent, comme Pouxit en son temps.
À tous ces certains j’ai envie de vous dire de bien aller vous faire cuire le cul, mais mes grands-mères, là-haut, arrêteraient leurs tricots pour me lancer un regard désapprobateur. Alors je vais tâcher de le dire autrement, en empruntant Rostand.
Voilà ce que j’aimerais vous répondre quand vous me dîtes :
Lyme ? Encore une maladie imaginaire !

Ah ! non ! c’est un peu court, jeune homme !
On pouvait dire… Oh ! Dieu ! … bien des choses en somme…
En variant le ton, – par exemple, tenez :
Agressif : « Je veux bien croire qu’on se fasse piquer
Mais pas qu’on vienne chialer, pour des antibiotiques ! »
Amical : « Comment une si petite tique
Peut transformer ainsi, une vie en enfer ? »
Descriptif : « C’est une SEP, une fibro, un cancer ?
Que dis-je un cancer… ce n’est rien d’important ! »
Curieux : « De quoi donc se compose le traitement :
D’exorcisme, madame, ou de Doliprane 1 000 ? »
Gracieux : « Aimez-vous à ce point fuir la ville
Que dans votre inconscient, vous cherchiez un moyen
De garder Dame Nature, toujours en votre sein ? »
Truculent : « Ça madame, lorsque vous titubez,
Les vertiges abyssaux font-ils piquer du nez
Votre faible carcasse jusque sur les pavés ? »
Prévenant : « Gardez-vous, votre hanche bloquée
Par la douleur, de pleurer dès votre réveil ! »
Tendre : « Essayez donc de trouver le sommeil :
Comptez bien les moutons et buvez un peu d’eau. »
Pédant : « L’animal seul, madame, n’est pas bien haut
La borrelia burgdorferi sensu lato
Se faufile dans le sang pour brouiller le cerveau. »
Cavalier : « Quoi, l’amie, une maladie chronique ?
Impossible j’ai dit ! Cessez d’être psychotique ! »
Emphatique : « Aucun soin ne peut, ça je l’admet
Réparer ces années, perdues à tout jamais. »
Dramatique : « Pour le cercueil : chêne ou acajou ? »
Admiratif : « Un érythème migrant ! C’est fou ! »
Lyrique : « Est-ce une morsure ? Êtes-vous un vampire ? »
Naïf : « Une prise de sang suffit pour réagir ! »
Respectueux : « Souffrez, madame, que je vous plaigne
C’est là, ce qu’il me semble être pire que la teigne. »
Campagnard : « Wo bon Dieu ! Qu’est-ce c’est c’t’affaire ?! Encore ?
Y’a d’plus en plus de cas, c’est qu’ça bat des records ! »
Militaire : « Attaquez toutes ces bactéries ! »
Pratique : « Voulez-vous commencer les paris ?
Si vous vous en sortez, ce sera le gros lot ! »
Enfin parodiant Pyrame en un sanglot :
« Le voilà donc cet homme, qui pensant bien connaître,
A trahi Hippocrate, il en sourit le traître ! »

– Voilà ce qu’à peu près, mon cher, vous m’auriez dit
Si vous aviez un peu de lettres et d’esprit.
Mais d’esprit, ô le plus lamentable des êtres,
Vous n’en eûtes jamais un atome, et de lettres
Vous n’avez que les trois qui forment le mot : sot !
Eussiez-vous eu, d’ailleurs, l’invention qu’il faut
Pour pouvoir là, devant ma carcasse affaiblie
Me servir toutes ces folles plaisanteries,
Que vous n’en eussiez pas articulé le quart
De la moitié du commencement d’une, car
Je me les sers moi-même, avec assez de verve,
Mais je ne permets pas qu’un autre me les serve.


Bisou.
Fin.

5 réflexions sur “Conclusion

  1. Voilà 1 an que j’ai enfin mis mon lyme en suspens, vos tribulations me ramène image après image à mon moi de l’époque…
    Bonne route 😉

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