Chapitre 16 : Sous les sunlights ça pique trop

Quand je ne travaille pas et que je ne dors pas : je ne sors pas, car la combinaison de mes différents médocs est « hautement photosensibilisante ». En gros ça veut dire que sous le ciel gris, nuageux, orageux, cotonneux de Paris, il y a un jambon qui a l’impression d’être sur une plage des Maldives à midi : c’est bibi. Je savais ce que signifiait « photosensibilisant » hein, je ne suis pas complètement débile Cher Journal, mais je ne savais pas qu’il y avait différents degrés de photosensibilisation allant de : « oula ça chauffe » à « heure du décès par brûlure oculaire : 17 H 28 ». Je commence par acheter une nouvelle crème solaire pour le visage. Indice 30. INDICE 30 c’est quand même énorme non ? Même en été je ne mets pas ça. Bon. Eh bien figure toi Cher Journal que j’ai attrapé un petit coup de soleil après avoir marché 15 minutes dans la rue. Il faisait gris tout pourri. Pas le gris ultraviolet top fashion de mamie à la sortie d’Infini’Tif, non, gris Paris, gris d’oiseau qui ne chante plus, gris chewing-gum craché et ancré dans le trottoir depuis 1975 jusqu’à la nuit des temps. J’aime bronzer, j’aime être bronzée, je suis même tentée parfois de jeter ma tête à vive allure dans un pot entier de Terracotta, mais je me retiens, je suis une adulte responsable. Ce coup de soleil me paraît quand même très suspect. Le mot PUSTULOSE se projette sur mon front comme un signal d’alerte. On ne déconne pas avec la photosensibilisation.
Le lendemain je mets de la 50. J’ai l’impression d’avoir passé un cap. Ma jeunesse s’en est allée, elle s’éloigne à chaque mouvement de mes doigts sur mon visage et s’en va à tout jamais quand je finis par le lisser de bas en haut à partir du cou. Mon Dieu, quelle déchéance.
Me voici donc repartie à mes pérégrinations hivernales, défiant Râ sous un voile de crème quasi antirides. Je sens mon visage chauffer comme si j’étais échouée sur une île déserte face au ciel. J’ai l’impression de ressentir les UV, de voir au-delà de la vie. C’est très intéressant mais ça empire de jour en jour. Au bout d’un mois de traitement : je suis aveuglée par à peu près tout, mes yeux pleurent et se plissent dès que je regarde par la fenêtre, je commence à porter mes lunettes de soleil dans la rue. Ça paraît banal. Mais on est en plein hiver, il fait froid, il fait gris et il pleut tous les jours… et on est à Paris. Porter des lunettes de soleil en hiver à Paris te place dans une des 3 catégories :
1. Aveugle. Ça se tient. Mais sans canne, ni chien, ni personne à côté de toi, tu passes dans la catégorie persona non grata dans le champ de vision du quidam.
2. Star sur le retour qui ne veut pas encore se retrouver en une de Voici sortant sa poubelle.
3. Abrutie finie.
Bon. Donc inutile de te faire un dessin, je sens le jugement sur moi. Les gens, je le vois, ont envie de m’éduquer, de m’expliquer ce qui se fait ou non, de me conseiller dans mes démarches vestimentaires.
Je les imagine assis devant moi dans mon salon, figés par l’effroi quand je suis devant mon ordi… et que je porte encore mes lunettes de soleil. La photosensibilisation à son paroxysme. Je ne peux pas regarder mon écran trop longtemps sinon mes yeux me brûlent et sont rouges vifs pendant les prochaines 24 heures. Je m’emmerde.

Mais ça veut dire que ça marche c’est ça ?

Me voici donc traversant la vie comme un enfant lune, à prier pour que la pluie continue et que jamais plus le soleil ne perce les nuages pour cause de brûlure au huitième degré.
Et comme pourrait en témoigner un proctologue aguerri : on s’habitue à tout.

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