Chapitre 21 : Médecin – PART.3

Au bout de trois mois de traitement, voici venu le temps des cathédrales mais surtout celui du deuxième rendez-vous avec mon doc. J’ai hâte. Hâte de le remercier. Hâte de lui poser toutes les questions que je me pose sur ce que je viens de traverser mais aussi et surtout sur l’avenir. Hâte qu’il m’annonce des bonnes nouvelles, qu’il m’ausculte en me disant que jamais il n’avait vu un tel miracle. Hâte d’être le nouvel exemple pour des milliers de patients. Hâte de voir ma tête sur Time Square. Même si j’ai encore des petits craquements, des nuits pas toujours très complètes et que je suis à la limite de prendre un coup de soleil en pleine nuit : j’ai hâte, point barre.

En arrivant à l’hôpital, je redécouvre les couloirs infinis de ce service et me demande comment j’ai pu parvenir jusqu’à la salle d’attente alors que je dormais debout, puis assise, la dernière fois.

C’est à mon tour, je m’assieds et pour la première fois j’ai une conversation avec Doc, un échange, éveillée et consciente du monde qui m’entoure. Je lui dis tout ce qui est ressorti pendant le début du traitement mais aussi toutes les améliorations que j’ai notées depuis. La liste est longue mais il n’est pas surpris. Il sourit doucement en m’écoutant commencer toutes mes phrases par « ah oui et ( insérez un symptôme pourri ) bah je ne l’ai plus jamais ressenti », pour finir par me dire « le traitement a bien fonctionné pour votre cas, c’est très positif. ». Je crois qu’à ce moment-là, je peux dire en toute modestie que JE SAIS l’effet ressenti quand on reçoit un oscar. Cette fierté, cet amour de la vie et cette envie de remercier la terre entière, jusqu’au papillon qu’on a croisé il y a trois jours et qui doit maintenant être écrasé sur le pare-choc d’une voiture hybride.
En continuant le papoting ( c’est comme la discussion mais je préfère l’écrire en version américaine Cher Journal : j’ai un nouveau standing ) je découvre que ce n’est pas du tout fini en fait. Après 3 mois d’antibios, comme ça a été efficace sur moi, Doc me dit qu’on va continuer et finir le traitement. Me voici donc avec une nouvelle ordonnance :
( à prononcer avec une voix grave comme le titre d’un film d’Arnold Schwarzenegger )
L’ordonnance de la phase 2.

Pour que je comprenne bien tout, il me réexplique comme si j’étais Denzel. Et ça, c’est sympa.
Cher Journal, il va te falloir un tantinet d’imagination pour arriver à suivre ce que je vais te conter. En gros Lyme : c’est la guerre, mon corps : le champ de bataille et l’ennemi : la bactérie présente par millions de soldats éparpillés en moi ( principalement dans mes articulations et mon système neurologique ). Le traitement de 3 mois d’antibiotiques que je viens de me taper, c’est comme si tu lançais une bombe atomique sur l’ennemi. D’abord c’est la panique, les bactéries vont essayer d’aller se planquer dans tous les recoins possibles, au début en allant n’importe où ( c’est l’explosion des symptômes les premiers jours / premières semaines ) et après en allant là où les bastions historiques sont installés ( articulations et cerveau ). Trois mois de bombes atomiques ça fait des dégâts mais les troupes ennemies sont nombreuses et n’ont qu’une devise : « On partira jamais » ( je t’avoue que moi non plus je ne trouve pas ça très élaboré ).

Voici donc venu le temps de ( musique dramatique ) L’ordonnance de la phase 2.

Pendant un mois, on continue le bombardement mais, en plus, on place les snipers d’élite pour aller buter cette vermine bactériologique dans les moindres recoins. Et ça déconne pas, on envoie les anti-parasitaires, les vermifuges, les…. Pardon ? Les vermifuges ? REALLY ??? Dans ma tête tout s’effondre. Je ne pense plus que je suis sur un champ de bataille en pleine guerre et tout le tintouin… non… d’un coup, j’ai l’impression d’être un chien errant qui marche l’anus collé au sol, handicapé par une sorte d’hémorroïde géante. Je vais me faire vermifuger. Grosse grosse déception.

Le Doc continue en me donnant une liste de produits naturels qui vont m’aider à tenir les bactéries ennemies endormies comme des papis devant le Tour de France. Il y en a 42 : la liste commence par des noms que je connais, que j’envisage, comme l’ail, le gingembre ou le thym et d’un coup on part sur une liste de courses de Panoramix dans la Forêt interdite avec de l’écorce de pin maritime, de l’armoise et de la renouée du Japon… Gné ? Bon. Soit. Il me précise que pour essayer un des produit et se rendre compte de son efficacité, il faut en prendre au moins un mois. Parfait. Entre quelques mots imprononçables, j’ai lu « origan ». Je pense donc commencer par un mois de pizzas non-stop pour avoir la dose nécessaire. On ne rigole pas avec les tests pharmaco-pizzoïques.

Une fois toutes les questions posées et répondues, je sors du bureau avec la tête remplie d’informations. J’ai l’impression d’enfin comprendre ce qu’il m’arrive ou en tous cas, dans les grandes lignes. J’ai surtout le sentiment que le plus dur est derrière moi. Et ça, c’est comme Eurocard Mastercard : ça n’a pas de prix.

Mes bactéries, à l’instar des bougies d’anniversaire qui se rallument à l’infini, ne mourront / disparaitront / se suicideront jamais. Elles seront toujours en suspense dans un coin de mon corps, à guetter une chute de mon système immunitaire pour envahir la superficie maximale de territoire disponible. Un peu comme le connard assis à côté de toi dans le train, qui attend une seconde d’inattention de ta part pour conquérir à tout jamais l’accoudoir central. 
Mais grâce à ce rendez-vous, je sais que j’ai les moyens de les mater ( les bactéries, pas les connards ), et ça me rassure. Beaucoup.

Je quitte donc le Doc avec cet état d’esprit et part me faire ponctionner mes cubis de sang par les infirmières hyper sympas, qui me donnent pleins de petits gâteaux en voyant mon teint de cadavre, aussi frais que les poissons d’Ordralfabétix.

6 réflexions sur “Chapitre 21 : Médecin – PART.3

  1. J’espère que ça va….

    Le jeu. 18 févr. 2021 à 22:09, DEL BALZO Mylène a écrit :

    > Cher journal, je n’ai plus de nouvelle et dis en manque de toi et de ton > humour >

  2. Cher journal, Je viens de tout lire et je vous avoue avoir bien rigolé. Une mauvaise comédie dramatique dont je me serai bien passé. J’aurai préféré rire et découvrir la merveilleuse vie des pigeons parisiens.
    D’ailleurs, les pigeons parisiens disent pain au chocolat ou chocolatine ?

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